QUAND ART ET SCIENCE SE RECONTRENT

Le 18 mars, le Dr Liva Dzene, qui enseigne à l’ENSCMu et mène ses recherches à l’Institut de Science des Matériaux de Mulhouse, a pris part à une rencontre publique avec l’artiste Iva Šintić. Organisée à la Bibliothèque Grand Rue de Mulhouse par les services culture et science et société de l’UHA, cet échange avait pour objet de revenir sur la collaboration entre l’artiste et la scientifique. Liva Dzene s’est associée à ses collègues Laure Michelin, ingénieure d’études et Ludovic Josien, ingénieur de recherche, pour accompagner Iva lors de son projet pour la formulation et la caractérisation des céramiques magnétiques.

Originaire de Zagreb en Croatie, Iva Šintić vit à Mulhouse et travaille à Motoco. Artiste visuelle, passionnée de sciences physiques, elle base son travail sur la recherche et l’exploration, elle questionne les êtres humains et l’espace qu’ils occupent : une quantité non physique d’origine inconnue, qui ne peut être appréhendée qu’à travers les objets et la culture. Pour sa dernière exposition, intitulée La peau qui tire et le point zéro et présentée en octobre 2025, Iva Šintić souhaitait créer des oeuvres aux propriétés magnétiques avec lesquelles le public pourrait interagir. Elle s’est tournée vers les céramiques pour leur résistance.

« Avec mes collègues nous avons aidé Iva à affiner ses compositions, à optimiser ses mélanges, à comprendre pourquoi certaines de ses créations présentaient les propriétés magnétiques recherchées et d’autres non », explique Liva Dzene. « Au fil de ses essais, Iva a obtenu des compositions particulièrement esthétiques. Nous avons utilisé nos moyens techniques, en particulier le microscope éléctronique à balayage, pour expliquer ces observations », se souvient l’enseignante-chercheuse. « C’était intéressant à double titre. D’abord nous travaillons avec des équipements scientifiques qui sont financés avec l’argent public. Cela me semble donc normal d’en faire bénéficier des artistes qui cherchent à comprendre les matériaux avec lesquels ils travaillent, et par leur biais la société au sens large », remarque Liva. « Ensuite cela nous a amenés, nous scientifiques, à nous poser des questions plus philosophiques, en dehors des contraintes habituellement liées aux travaux de recherche. Nous travaillons sur les faits et les artistes explorent les ressentis. La double approche est beaucoup plus riche et puissante pour une transmission à la société », conclut-elle.